|
|
| |
| |
| |
Histoire |
|
| |
|
|
|
| |
Les occupations anciennes
de Ferrières
Par Tahar Ben Redjeb et Jérôme Guesquière.
Un peu de toponymie.
Le village de Ferrières est cité pour la première fois en 1175, sous la forme Ferraria. Nous avons ici un terme relativement fréquent composé du latin ferrum, «fer», et du suffixe féminin –aria.
La première interprétation qui nous vienne à lʼesprit nous renvoie à la présence dʼun lieu où lʼon travaille le fer. Mais cette hypothèse nʼest confortée ni par les sources historiques ni par la tradition locale.
Une seconde hypothèse –plus probables ʼappuie sur la variante Ferrevia citée en 1197, que lʼon pourrait traduire par « chemin ferré » qui, au Moyen âge, désigne des chemins recouverts de scories de fer ou parfois même pavés.
Les archéologues à la rescousse Quoiquʼil en soit, les premières occupations du terroir composant le village actuel sont beaucoup plus anciennes.
Dès 1965 les recherches aériennes de R. Agache ont ainsi permis de découvrir deux sites gallo-romains. A partir de 1999, la commune a fait lʼobjet dʼune reconnaissance systématique de son territoire réalisée dans le cadre du programme de prospections mené par le Centre interdisciplinaire de recherches archéologiques de la Somme. Il sʼagissait de recueillir des éléments permettant de dater les sites repérés dʼavion mais surtout de découvrir de nouvelles traces dʼoccupations anciennes.
Munis du plan parcellaire de la commune, J. Guesquière et H. Yzambourg ont parcouru chaque champ labouré recueillant chaque objet intéressant et notant chaque anomalie de terrain. Au laboratoire de la DRAC de Picardie, tout le matériel a été lavé, trié, analysé et daté. Les monnaies ont été étudiées par un numismate, la céramique classée par type et les objets métalliques restaurés et dessinés. Toutes ces informations ont été intégrées dans une banque de données qui constitue une source unique pour les chercheurs.
Les occupations préhistoriques Les plus anciens vestiges ont été découverts aux lieux-dits « le Quesne » et «les Quarante » : 27 objets du Néolithique . Ils ne sont certes pas bien importants: une dizaine de silex taillés, dont un racloir et une ébauche de hache polie au « Quesne », et une trentaine, dont une ébauche et deux haches polies aux « Quarante », à la limite de Ferrières et dʼAilly-sur-Somme.
Néanmoins, ils attestent une occupation du territoire dès le Néolithique. En Picardie, cette période, qui apparaît il y a environ Fibule gallo-romaine Boucle dʼétrier médiéval. |
|
|
| |
|
|
|
| |
Les soldats britanniques
et ferrières
Chemin neuf les tombes des deux combattants anglais.
photo prise en septembre 1940.
Le tank anglais. Photo prise en septembre 1940.
Leurs tombes dans notre cimetière.
par françoise Mc Creary
Les Anglais sont revenus chez-nous : - en alliés, devant le péril commun, pendant la Première guerre mondiale – en libérateurs, à la fin de la Seconde. Deux de leurs soldats, tombés ici en mai 1940, reposent encore dans notre cimetière. Dans le grenier de notre maison, nous ont toujours intrigués les graffiti laissés par les soldats alliés, au moment de la Première guerre mondiale.
Avec leurs noms figure souvent le régiment auquel ils appartenaient : 7e bataillon du Leicestershire, régiment appelé aussi : The Tigers, les Fusiliers d’Inniskilling, régiment irlandais, les Royal Canadian Engineers, régiment de génie canadien, l’Australian Imperial Force. Tout l’Empire représenté. L’un d’entre eux, cependant, n’a pas indiqué l’unité dont il faisait partie, c’est le sergent Harding : la date qui figure à côté de son nom a de quoi surprendre : le 11 mars 1919, et pourtant la guerre était bien finie depuis le 11 novembre 1918. La guerre était finie, mais pas ses conséquences, il fallait donner aux morts une sépulture convenable. C’est à ce moment que sont organisés les cimetières militaires, bâtis les monuments qui ponctuent notre région picarde.
Le sergent Harding, avant de retourner chez lui, a, peut-être, été affecté à l’enterrement définitif de soldats tombés près de chez nous, ou ayant succombé à leurs blessures dans quelque hôpital de campagne. Le petit cimetière anglais sur la route qui va de Saint-Pierre-à-Gouy à Cavillon nous rappelle leur souvenir. Il a pu aussi faire partie des équipes qui recueillaient les munitions et les explosifs laissés dans les champs.
Ces tâches pénibles devaient, cependant, laisser assez de temps au sergent Harding et à ses camarades qui ont laissé leurs signatures sur les murs de notre grenier. |
|
|
| |
|
|
|
| |
Comment ne pas évoquer cette photo, communiquée à l’auteur de Ferrières au fil des ans par Mme Raoul Chevalier, et publiée dans ce livre ? Elle représente un groupe de soldats anglais devenus comédiens, pour le plus grand plaisir de leur public, à Ferrières, on l’imagine. Ils étaient assez nombreux pour qu’on ait construit pour eux des baraquements sur la place du château. Comme certains d’entre nous l’ont vécu, en septembre 1944, les soldats d’alors fraternisaient avec la population, passant la soirée chez l’un ou chez l’autre. Ils laisseront derrière eux, je le pense, les mêmes souvenirs heureux que ceux que nous avons gardés. Et le sergent Harding, quand a-t-il regagné son île? Nous n’en savons rien, malheureusement, mais nous savons comment s’effectuait la démobilisation de l’armée britannique. Elle a commencé dès décembre 1918. Les premiers à repartir chez eux étaient ceux dont le métier était crucial pour la reprise de l’économie en Grande-Bretagne. Elle permettrait, pensait-on, de donner du travail à ceux qui les suivraient.
Les anciens combattants étaient démobilisés avec un uniforme en bon état, bottes ou chaussures, elles aussi en bon état, complètement équipés, sans armes ni munitions, bien sûr. Acheminés vers des camps situés près des ports d’embarquement, ils y passaient deux ou trois jours avant de retrouver la mère patrie et leurs foyers. Il fallait attendre le bateau et la traversée dépendait aussi de l’état de la mer. Alors, adieu et bonne chance au sergent Harding !
En 1940, quand les habitants de Ferrières regagnent leur village, où deux semaines de combat ont laissé de nombreuses traces, au débouché du chemin neuf, près de la maison de M. et Mme Cerf (appartenant maintenant à M. et Mme Massy), ils retrouvent un char anglais. Sur le chemin neuf, dans le jardin de M. et Mme Cerf, les tombes de deux soldats anglais. C’est à cet endroit que M. et Mme Bernard ont construit leur maison. M. Dufresnoy, Pa Nès pour tous, ayant retrouvé leurs papiers, les avait glissés dans deux bouteilles vides, placées sur leurs tombes. Mme Cerf et sa fille aînée, maintenant Mme Ginette Flament, fleuriront ces tombes pendant toute l’Occupation.
Plus tard, « nos » deux Anglais rejoindront leurs 28 camarades français, enterrés à la hâte, pendant la bataille, dans le jardin du presbytère. Ils seront transférés après la guerre dans notre cimetière communal. Ils y reposent toujours, M. Godin fleurit fidèlement leurs tombes. Pas une cérémonie au monument aux morts de 1940, près de l’église, où leur nom ne soit mentionné. De ces deux jeunes Anglais, nous ne savons rien personnellement, sinon leur âge et leurs régiments. Le caporal G.E. Brown appartenait au Queen’s Bays, il était âgé de 20 ans, la date de sa mort : le 25 mai 1940. Le soldat J. Bell était au Border Regiment. Lui a 21 ans et la date de sa mort est le 24 mai 1940.
Nous ne savons rien non plus des circonstances de leur mort. Mais l’historique de leurs régiments nous donne quelques détails sur la bataille qui s’est déroulée autour de Ferrières pendant ces journées de mai 1940.
Le Queen’s Bays Royal Armoured Corps, un régiment blindé, a débarqué à Cherbourg, le 20 mai 1940. D’abord chargé de défendre la Bresle, sa mission change, le Haut commandement a appris que les Allemands sont à Amiens. Il est donc dirigé vers la Somme dont il doit défendre le passage entre Dreuil et Picquigny. Le bataillon auquel devait appartenir le caporal Brown, arrivé à Camps-en-Amiénois le 24 mai, à une heure et demie du matin, est envoyé en reconnaissance. On lui a adjoint le 4e bataillon du Border ; comme nous le savons, le soldat Bell appartient à ce régiment d’infanterie. Or les ponts entre Dreuil et Picquigny sont déjà aux mains des Allemands. Ils ont passé la Somme et c’est à Saveuse que les Anglais affronteront un ennemi bien installé dans le village et disposant d’une puissance de feu supérieure. On entend parler pour la première fois, pas pour la dernière, de la mitrailleuse très efficace, installée sur le château d’eau de Saveuse.
Les Border attaquent et subissent de lourdes pertes. On dit même qu’un capitaine des Border aurait tenté de monter au château d’eau avec revolver et grenades et aurait été repoussé. Les Anglais manquent d’essence et de munitions et sont obligés de se replier sur Saisseval. L’historique du Queen’s Bays signale que c’est au cours d’une nouvelle attaque que le tank, dont le tireur est le caporal Brown, est mis hors d’action. Le caporal est tué, les deux autres occupants du char sont blessés, c’était le 24 mai. Le 25, le régiment reste au repos à Méricourt. Les hommes n’ont pas dormi depuis qu’ils ont quitté l’Angleterre, 6 jours auparavant. La nuit du 25, le régiment part vers Abbeville et une autre bataille près d’Huppy.
Du soldat Bell, nous ne savons rien sinon que son bataillon a été engagé et a souffert des pertes dans la bataille devant Saveuse. Deux jours plus tard, le 27 mai, ce sont les Français qui seront en première ligne. Les hommes du 21e régiment d’infanterie s’installent à la hâte dans le bois d’Ailly, le P.C est dans les caves du château, qui deviendra très vite hôpital militaire. On reparlera de la mitrailleuse du château d’eau de Saveuse que l’artillerie, située à Bovelles, finira par détruire, non sans qu’elle ait fait auparavant de nombreuses victimes. Sur cette époque de la bataille de la Somme, côté français, nous avons eu de nombreux témoignages, nous avons connu et accueilli les survivants et les familles des morts, que nous avons fidèlement honorés tout au long de l’Occupation. On trouvera le récit de cette époque dans le livre de Chantal de Tourtier-Bonazzi, Ferrières au fil des ans, qu’on peut emprunter à la bibliothèque. Note : Les renseignements pour cet article sont le fruit de la correspondance entre Chantal Bonazzi et Angela Wooton, conservateur à l’Imperial War Museum à Londres et des souvenirs de Mme Ginette Flament, propriétaire des photographies ci-contre, que nous remercions chaleureusement.
Françoise Mc Creary |
|
| |
|
|
|
| |
La rampe de V1 de Ferrières
par françois vasselle architecte
En 1943 les Allemands décidèrent d’attaquer l’Angleterre, et Londres en particulier, avec des armes de représailles, en allemand Vergeltungswaffe ein.
Il s’agissait de bombes volantes sans pilote. Les sites de lancement étaient échelonnés de la Belgique au Cotentin. On a compté 350 rampes environ.
Le département de la Somme a vu l’édification de 71 sites de lancement de V 1. Certains n’ont jamais fonctionné, abandonnés au profit de rampes plus légères, moins faciles à repérer, dites «sites modifiés». |
|
|
| |
L'aviation alliée observa ces ouvrages et déclencha une série de bombardements à haute altitude (4 à 5000 m.) relativement peu efficaces. – La construction des rampes avait débuté en juillet 1943, les travaux furent longs : le premier V 1 fut tiré sur Londres seulement le 13 juin 1944.
Tout près de chez nous, les Allemands avaient entrepris la construction d’une rampe dans le bois de Bovelles, coupé par la route D 97 reliant Bovelles à Ailly-sur-Somme. Pour approvisionner le chantier, l’occupant réquisitionna en 1943 le château du Dr Perdu à Bovelles et une unité allemande y construisit un hangar sur la pelouse où étaient entreposées des voies Decauville de 60 cm avec bennes et wagonnets. Des pistes en béton furent réalisées dans le bois, les vestiges au sol, bien visibles après la guerre, furent recouverts par la suite d’une végétation, qui les cacha complètement. Le docteur Francis Perdu se souvient encore d’avoir joué en septembre 1944 avec les wagonnets sur les voies. En fait il s’agissait d’une future rampe de V 1 légère, mais elle ne fut pas terminée, la Libération étant intervenue. Le bois Boyard aurait reçu quelques bombes. Visaient-elles la rampe ?
Les rampes de lancement étaient constituées de plusieurs bâtiments reliés par des pistes bétonnées : bâtiment de stockage, hall de montage, bâtiment de réglage, mare, casernement et rampe de lancement métallique.
Le site de Ferrières n’a jamais été bombardé. Il avait été mentionné par les Allemands comme position de tir de réserve (autre site de tir de réserve : Pissy).
Un état-major des V 1 commandé par le colonel Max Wachtel se trouvait à Saleux dans des carrières souterraines. Ferrières en dépendait.
Si aucun V 1 n’est parti des communes environnantes, un V 1, qui n’a pu atteindre l’Angleterre, est tombé dans la plaine du Toulay pour la plus grande frayeur des habitants du village le 29 juillet 1944. Il avait tourné en rond avant de s’abattre, créant un trou peu profond mais soufflant la récolte avoisinante.
Le dernier V 1 de la Somme partit de La Chaussée- Tirancourt le 31 août 1944.
Pour plus ample information consulter le site du Centre d’histoire et de mémoire du Nord-Pas-de-Calais, Saint-Omer : www.la coupole.com/ |
|
| |
|
|
|
| |
|
|
|
| |
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
|